Strategy and Defence Planning

Il est difficile de voir un auteur que l’on apprécie et respecte pour la qualité de ses travaux commettre un ouvrage indigeste et, soyons franc, creux. C’est pourtant ce qui est arrivé à Colin Gray, célèbre stratégiste à la double nationalité anglaise et américaine, dans sa tentative d’explorer les liens entre la stratégie et la planification de défense, sujet pourtant d’importance, qui aurait mérité un bien meilleur traitement.

gray

Cet ouvrage est la conclusion du triptyque stratégique de Gray, initié en 2010 par l’incontournable The Strategy Bridge, et prolongé par Perspectives on Strategy. Cette fois, Gray entend discuter de la planification de défense (comprise au sens large comme l’organisation des ressources nécessaires à la survie d’une communauté politique).

Son argument est au fond assez simple et découle d’un enchaînement d’idées. Le futur est, par définition, impossible à connaître. De ce fait, la tâche du planificateur de défense est d’exercer avec prudence son jugement, éduqué par l’histoire stratégique et en gardant en tête que la planification de défense, en tant qu’activité stratégique, est intimement liée au contexte politique, qui définit l’horizon de ce qui est faisable ou non.

Jusque là, tout va bien (puisqu’on est quand même dans le bon sens confinant à la banalité). Sauf que cet argument est la seule chose à tirer de l’ouvrage. Et répété en boucle. Sur 220 pages. C’est donc peu de dire que la lecture est franchement pénible, puisque Gray utilise toutes les ressources possibles de la langue anglaise, allant du plus direct au plus amphigourique pour répéter indéfiniment la même banalité (je vous ai dit que le futur était impossible à connaître avec certitude? Parce qu’on y a droit toutes les deux pages…).

D’autant qu’on ne voit pas très bien quelles sont les cibles de l’auteur. Certes, il critique une planification de défense uniquement quantitative et déconnectée d’une réflexion plus large sur le contexte stratégique, et critique l’ouvrage de O’Hanlon sur ce point (comme je l’avais déjà noté dans la recension du même ouvrage). Mais Gray confond ici critique méthodologique (avec d’ailleurs une démonstration assez hallucinante de sa méconnaissance totale des débats épistémologiques et méthodologiques en sciences sociales) avec une pratique réelle au sein des organismes de planification de défense: personne ne pense que la réflexion sur le futur ne doive se faire seulement à partir d’un calcul statistique sans prendre en compte l’évolution du contexte stratégique. On peut se tromper sur la nature et la forme de cette évolution, mais elle n’est jamais absente. Gray crée en fait un épouvantail pour ses propres besoin, mais qui ne recouvre aucune réalité concrète.

Au final, on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit d’un ouvrage de commande pour lequel l’auteur a reçu une forte subvention (ce que semblent confirmer les remerciements), et qu’il recycle en plus mal des éléments déjà présents dans ses autres travaux, en particulier The Strategy Bridge. Inutile donc de s’attarder sur ce pensum illisible, mais espérons toutefois que Gray n’arrête pas sa brillante carrière sur cet échec.

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