Happy birthday, Sir Michael Howard

Dans deux jours, Sir Michael Howard aura 90 ans. Pour fêter l’occasion, le centre d’archives militaires Liddell Hart, hébergé par le King’s College London, a décidé de consacrer sa conférence annuelle à l’influence de « Sir Michael » sur la pensée stratégique.

La lourde tâche d’aborder ce sujet a été confiée au Professeur Brian Holden Reid, du département des War Studies, qui a déjà publié sur l’héritage intellectuel de Michael Howard et est en train de rédiger sa biographie. La conférence sera prochainement en ligne, donc je me contenterai d’indiquer que Reid a souhaité montrer dans quelle mesure Michael Howard et André Beaufre ont tous les deux été influencés par Liddell Hart mais ont maintenu une saine distance critique envers un personnage à la personnalité complexe, qu’ils ont tous les deux régulièrement côtoyé.

A la place, je voudrais modestement rendre hommage à un historien et penseur de talent, qui a profondément modifié le paysage académique britannique et dont les réflexions se doivent d’être lues et méditées.

Né en 1922, Howard effectue ses études à l’université d’Oxford. Il sert en Italie durant la Seconde Guerre mondiale et reçoit la « Military Cross » pour actes de bravoure. Nommé « lecturer » (maître de conférences) en histoire à King’s College London, il y fonde en 1952 le département des War Studies, qui était à l’origine exclusivement consacré à l’histoire militaire. Le génie de Michael Howard a été double. Tout d’abord, académiquement, il fait partie de cette génération d’universitaires britanniques qui ont renouvelé l’histoire militaire. Si John Keegan est l’historien de l’homme dans la bataille, Michael Howard est celui qui a réintroduit l’analyse des facteurs politiques dans l’histoire militaire, approche qu’il adopte dans son ouvrage désormais classique sur la guerre franco-prussienne de 1870. Mais surtout, il comprend que les War Studies ne se résument pas à l’histoire militaire. La guerre est un objet qui doit être saisi de manière pluri-disciplinaire, et il encourage le recrutement de politistes, de juristes, d’économistes et d’anthropologue: une approche qui sera également celle de son successeur, disciple et ami Lawrence Freedman. Outre l’ouverture pluri-disciplinaire, Howard n’a pas peur de s’engager dans les débats stratégiques de son temps: il est l’un des co-fondateurs de l’International Institute for Strategic Studies, qui a pendant longtemps fait référence en termes de réflexions sur la dissuasion nucléaire, et est proche du parti travailliste dont il conseille certains des dirigeants sur les questions internationales.

Sa carrière universitaire le conduit à Oxford, puis à Yale, où il occupe des postes de professeur d’histoire militaire. Chercheur complet, il s’intéresse de plus en plus au rôle des idées dans la guerre. Ses propres convictions politiques le poussent à réfléchir au lien entre la pensée libérale (au sens politique et anglo-saxon du terme) et la guerre, ainsi qu’à la notion de paix. Il étudie également le rôle de la guerre dans le développement des sociétés européennes.

Surtout, il retraduit Clausewitz en Anglais en 1976 (avec son collègue Peter Paret), ce qui contribue fortement à sa ré-adoption dans les cercles stratégiques américains. La traduction Howard/Paret est maintenant la version habituelle citée par les universitaires et militaires travaillant sur Clausewitz. Son travail sur le Prussien se concrétise d’ailleurs par un petit livre qui constitue une excellente introduction au sujet.

Sir Michael Howard est un modèle de connaissance, d’élégance et d’humour, toujours prêt à faire partager son savoir encyclopédique. Ses mémoires sont une source inépuisable d’inspirations pour ceux qui se posent la question des relations entre leur recherche académique et leur impact dans la société.

A la fin de la conférence qui lui été consacrée, Sir Michael Howard a brièvement pris la parole pour évoquer la tâche qui attend les jeunes chercheurs: comprendre ce système contemporain dans lequel les frontières traditionnelles entre paix et guerre ont disparu. Il a rappelé que c’est la raison pour laquelle un département pluridisciplinaire des War Studies est indispensable: si l’on veut la paix, il faut comprendre la guerre sous tous ses aspects.

Plein d’humour, d’intelligence et de gentillesse, il est un modèle pour tous ceux qui s’intéressent à l’étude de la guerre.  Sir Michael: merci pour avoir fondé ce magnifique département des War Studies, pour vos contributions à notre connaissance de la guerre et pour votre passion de la transmission et du dialogue. Et bon anniversaire!

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