Who Wins? Predicting Strategic Success and Failure in Armed Conflict

Dans ce livre, Patricia L. Sullivan tente d’expliquer pourquoi des Etats aux capacités militaires largement supérieures échouent à remporter des victoires stratégiques face à des adversaires bien moins puissants qu’eux.

Sullivan reconnaît que la question n’est pas nouvelle, mais l’auteur avance qu’elle a été traitée de manière incomplète. Ainsi, la littérature serait divisée entre les explications avançant que la motivation des acteurs est la plus importante, le conflit étant un duel des volontés (les belligérants les plus motivés étant ceux qui l’emportent à la fin), et les arguments selon lesquels la stratégie militaire employée était inadéquate. Sullivan tente de réunifier ces explications différentes en un seul modèle. Pour ce faire, elle définit les objectifs d’un Etat partie à un conflit en six grandes catégories (acquérir ou défendre un territoire, s’emparer de ressources, renverser un régime, maintenir une autorité politique domestique, changer le comportement d’un adversaire). Ces six objectifs impliquent principalement soit l’usage de la force, soit une acceptation par l’adversaire de changer son comportement. Le cœur de l’argument de Sullivan est que plus l’objectif d’un Etat implique un changement dans le comportement d’un adversaire, plus les chances d’échec sont grandes. Au contraire, les objectifs qui nécessitent « seulement » l’emploi de la force (sans attente du changement de comportement d’un adversaire) seront plus faciles à atteindre. Pour tester son argument, Sullivan conduit une série d’analyses statistiques sur une large période, et avance que son modèle possède une meilleure capacité explicative que les explications alternatives de la motivation ou de la stratégie militaire.

Le lecteur se demande peut-être ce que cet argument a d’original, et il a raison. Sullivan vient tout simplement de découvrir une notion élémentaire de stratégie: les objectifs doivent être alignés avec les moyens et la manière dont ils sont employés. Victime d’une certaine science politique américaine, elle utilise des statistiques très complexes pour démontrer des banalités (je tiens à dire que je ne suis absolument pas opposé par principe à l’utilisation de statistiques lorsqu’une question de recherche nécessite leur emploi, comme l’a fait Michael Horowitz dans son livre). En fait, Sullivan commet une erreur fondamentale. Suivant fidèlement une épistémologie positiviste, elle tente d’identifier des tendances de la littérature pour en tirer des hypothèses, qu’elle teste ensuite face aux hypothèses tirées de son propre modèle.  Le problème est que les explications alternatives qu’elle identifie (motivation et stratégie) ne sont pas mutuellement exclusives. Un conflit est politique du début à la fin: lors de la définition des objectifs, dans le choix des moyens employés (militaires ou autres), dans la conduite des opérations, dans l’influence de l’opinion sur les décideurs, etc. Ainsi, dans les cas qu’elle étudie, la motivation du perdant peut être défaillante, peut être à cause de mauvais choix en termes de stratégie militaire, qui eux-mêmes sont la conséquence d’une mauvaise détermination des buts politiques. Sullivan a simplement oublié que la science politique doit se pencher sur la politique avant toute chose. En créant des catégories artificielles pour tester ses hypothèses, elle dénature profondément la dynamique du conflit et en empêche la compréhension. Contrairement à ce qu’elle semble croire, la stratégie ne se résume pas à la stratégie militaire, et déconnecter comme elle le fait la motivation et la définition des objectifs de leur contexte politique plus large n’a aucune valeur explicative.

Il vaut donc mieux relire Clausewitz plutôt que le livre de Sullivan.

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