Barbarous Philosophers: Reflections on the Nature of War from Heraclitus to Heisenberg+MAJ

Dans ce livre, Christopher Cocker (Professeur à la London School of Economics and Social Sciences), aborde la manière dont les philosophes occidentaux ont tenté de comprendre le phénomène de la guerre.

Reprenant la distinction classique de Clausewitz entre la nature immuable de la guerre est son caractère en perpétuel mouvement, Cocker fait preuve d’une grande érudition en nous faisant découvrir (ou re-découvrir) ces réflexions philosophiques.

En particulier, l’auteur avance que, de la même manière que la notion de « paix » a été inventée, la notion de guerre (war) a également été inventée afin de codifier ce qui était perçu comme un état de violence primitive et désorganisée (warfare). Sortir de l’état de warfare nécessitait d’inventer la guerre, comprise comme activité organisée, codifiée et régulée.

Une fois que les philosophes grecs ont « inventé » la guerre, la tâche de la philosophie a été d’essayer de comprendre sa nature, sans se laisser subjuguer par son caractère en perpétuel mouvement. Cocker nous conduit ainsi à travers une vingtaine de chapitres thématiques, s’ouvrant tous sur une citation d’un philosophe servant à lancer la discussion, et posant les principales questions liées à la nature de la guerre: quelles en sont les causes? quelle est l’organisation sociale requise pour la mener? la guerre est-elle comprise dans notre nature? la guerre est-elle une vaste entreprise de pacification? la guerre est-elle un phénomène culturel? etc.

Tous ces chapitres sont passionnants, malgré la prose de l’auteur, assez difficile à lire. Les réflexions de Cocker sont très développées, et nous forcent à réfléchir de manière structurée à ce phénomène social si complexe qu’est la guerre. Surtout, il nous guide dans les pas de nos « grands anciens » (si je peux me permettre cette expression qu’affectionnent les militaires), ce qui fait de l’ouvrage un précieuse ressource pour toute personne intéressée par l’évolution de la manière dont la guerre a été pensée, et perçue, à travers les siècles en occident. En particulier, on est frappé par la résonance que peuvent avoir certaines réflexions anciennes sur les débats contemporains (le chapitre sur les mercenaires, basé sur Machiavel, est à ce titre un petit joyau).

Pour peu que l’on se dépêtre du style ampoulé et un peu lourd de Cocker (on a parfois l’impression d’un étalage de culture), il s’agit d’un ouvrage de référence qui devrait trouver sa place dans toutes les bonnes bibliothèques sur la guerre.

MAJ: On me demande ce qu’Heisenberg vient faire dans un ouvrage sur les philosophes et la guerre. Bien que physicien de formation, il a prononcé en 1954-1955 une série de conférence à St Andrews, en particulier sur les armes atomiques, refusant de croire que leur invention avait rendu la guerre obsolète (ce qui était une croyance courante à l’époque). Mais aussi, suite à la découverte de son fameux « principe » de physique quantique, il insiste sur le fait qu’une image complète de la réalité est devenue impossible (pour ceux qui sont aussi bons en physique quantique que moi, voir ce lien). Dans le monde de la politique, cela veut dire que personne ne peut posséder de « vérité ultime » (il fallait quand même le dire en 1954…). De même, le « principe » le conduit à dire que ce que l’on observe n’est pas la vérité, mais la vérité construite selon une méthode expérimentale particulière. Cocker se sert de cette approche pour questionner la possibilité d’établir une « science » de la guerre (et conclut que non). Le débat sur la guerre, science ou art, est très ancien. Par contre, l’approcher par la physique quantique, c’est assez nouveau. C’est d’ailleurs tout l’intérêt du livre: il redécouvre un certain nombre de débats par des approches originales.

Christopher Coker - Barbarous Philosophers

2 réflexions sur “Barbarous Philosophers: Reflections on the Nature of War from Heraclitus to Heisenberg+MAJ

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