War Games: A History of War on Paper

En ouvrant ce livre, traduction d’un ouvrage paru en Allemagne en 2008, je m’attendais à ce que son sous-titre annonce: une histoire des jeux de guerre, montrant leur évolution, leur utilité, leur emploi en Etat-Major puis dans une pratique ludique, etc.

Et bien non! Dès les premières lignes, je me suis rendu compte de ma malencontreuse erreur. Il s’agit d’un ouvrage post-moderne, ancré dans les études critiques, visant à démontrer (de manière très confuse) que la représentation du champ de bataille créée par le War Game est directement liée à une mathématisation de notre perception du chaos de la bataille. En soi, l’argument est très proche de celui de Christophe Wasinski dans son « Rendre la Guerre Possible » (qui est, soit dit en passant, un excellent ouvrage, et bien plus clair que « War Games »).

En soi, je n’ai rien contre les auteurs ancrés dans la théorie critique. Certes, je pense que leur approche est théoriquement tautologique, ontologiquement normative et donc d’aucune valeur pour la compréhension des phénomènes sociaux et épistémologiquement nulle (puisque la plupart refusent l’idée même de méthode), mais ils sont majoritaires dans les universités européennes, donc il faut bien vivre avec (pour des arguments similaires, et drôles à lire, dans le domaine des études sur le terrorisme, voir ici et ici). Je reconnais même que certains d’entre eux stimulent la réflexion. Par exemple, ce célèbre article de Ken Booth vaut toujours le détour pour sa forme. Booth nous dit, « la sécurité, c’est l’émancipation ». Tout focalisés que les analystes de la Guerre Froide étaient sur l’équilibre nucléaire, ils avaient manqués cette vérité sur la nature du concept de sécurité. On est d’accord, on est pas d’accord, mais au moins les choses sont claires. Malheureusement, la plupart des auteurs dits critiques ne sont pas comme Booth. Pour paraphraser Renan lorsqu’il parlait de Robespierre: « ils sont pleins de mots, et se croient plein d’idées » et pensent qu’utiliser un langage compliqué compréhensible par eux seuls suffit à dire des choses pertinentes (environ 99% de la production en études critiques de sécurité). Si vous rajoutez à ça l’arrogance liée au fait qu’ils pensent détenir la vérité suprême sur la nature oppressive de notre système, que les abrutis tels que nous ne peuvent pas voir, vous n’êtes pas loin de la secte. Et malheureusement, War Games tombe dans cette deuxième catégorie, ce qu’il avait de toutes façons de bonnes chances de faire.

A la décharge de l’auteur, la traduction anglaise est très pénible à lire. Le traducteur a manifestement conservé la structure des phrases allemandes, ce qui alourdit considérablement le texte. Certes, on ne trouve pas les verbes à la fin des subordonnées, mais on rencontre beaucoup de formes passives caractéristiques de l’Allemand (et du Français d’ailleurs), et qui passent très mal en Anglais. Mais en plus de ces problèmes de traduction, la pensée de l’auteur est particulièrement confuse. Passons sur les anachronismes (puisque l’on passe allégrement du XII° au XIX° siècles sans considération de contexte lorsqu’il s’agit d’affirmer des idées, je laisse les historiens hurler), c’est caractéristique des ouvrages dits critiques: puisqu’on refuse la méthode, autant s’amuser. Surtout, la plupart des assertions sont franchement douteuses. Ainsi, on apprend que la mathématisation du jeu de guerre ne pouvait se produire qu’au moment des Lumières, puisque le mot allemand qui qualifie les Lumières (Aufklärung), signifie aussi « reconnaissance » (au sens militaire). Ce qui, en passant, fait que l’auteur se contredit puisqu’il commence son analyse au XII° siècle. A force d’étudier la construction de l’ordre par le discours, on en oublie la réalité brute des faits qui, comme disait l’autre, sont têtus. Oui, je suis positiviste, et alors?

Bref, vous avez bien compris que je n’ai pas aimé ce livre. Non seulement parce que je ne partage pas ses orientations théoriques (mais, encore une fois, une toute petite frange de cette production peut -parfois- être intéressante), mais surtout car l’ouvrage est confus, difficile à lire, sans idées-maîtresses, etc. Si vous voulez le lire, je vous aurai prévenus. Moi, la prochaine fois, je participerai à la journée portes ouvertes « War Games » de l’Ecole de Guerre.

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