Pursuing Strategy: NATO Operations from the Gulf War to Gaddafi

Voici un livre qui vient combler un vide. Les auteurs se sont demandés comment l’OTAN, organisation multinationale fonctionnant au compromis, développe (ou non) une stratégie lors de ses interventions militaires. Pour ce faire, ils adoptent une vision classique de la stratégie comme un processus « top-down » (une grande stratégie décidée par les politiques est censée nourrir des stratégies particulières), et testent dans quelle mesure ce processus a été suivi au cours des récentes interventions de l’OTAN.

Les deux premiers chapitres présentent le modèle théorique qui sert à nourrir les études de cas. Très justement, les directeurs de l’ouvrage se penchent sur la difficulté théorique de concilier vision stratégique et accords d’intérêts divergents. Ils en tirent l’hypothèse que la manière dont l’OTAN définit sa stratégie doit obéir à des processus plus complexes que dans un Etat, ce qui est correct à défaut d’être original. Cette partie théorique mériterait une plus grande densification pour exploiter certaines des pistes qu’elle ouvre.

La vraie qualité du livre réside dans ses études de cas. Les contributeurs couvrent les interventions dans les Balkans (en Bosnie et au Kosovo), la coopération avec l’Union Européenne, les missions de protection des Etats-membres, la FIAS en Afghanistan ou la stratégique de l’OTAN en Afrique. Il en ressort que l’OTAN a en général une stratégie réactive, « bottom-up », qui s’adapte aux événements. A ce titre, le chapitre sur l’Afrique est très intéressant puisqu’il montre que bien qu’aucune stratégie articulée et revendiquée n’existe, l’OTAN a néanmoins une approche cohérente du continent.

L’ouvrage n’est pas exempt de défauts. Tout d’abord (et cela tient au calendrier éditorial), l’intervention en Libye n’est pas traitée, ce que l’on ne peut reprocher aux auteurs. Ensuite, les chapitres sur les études de cas sont trop courts. C’est malheureusement la tendance dans l’édition, qui exige des livres aux formats de plus en plus ramassés, mais il est bien dommage de perdre en nuances. Dans ce cas, on regrette que les auteurs ne puissent pas développer plus avant certaines de leurs intuitions. Enfin, l’ouvrage laisse un sentiment d’inachevé. L’absence de conclusion est étrange, et on a l’impression que les directeurs de l’ouvrage se refusent à tirer les conséquences théoriques de leur enquête. Ainsi, il serait intéressant de se demander l’efficacité de ce processus « bottom-up »? Quelles en sont les conséquences possibles sur l’organisation de l’Alliance? Comment concilier intérêts nationaux divergents et stratégie cohérente? L’ouvrage effleure ces questions, pourtant centrales, sans les aborder de front, ce qui est bien dommage.

Au final, un ouvrage important, qui pose des questions pertinentes et fournit des études de cas intéressantes, mais qui laisse la place à d’autres recherches sur le sujet.

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