Conférence ISA/BISA à Edimbourg

Ce billet intéressera principalement les politistes et spécialistes de la discipline académique des relations internationales.

Je rentre tout juste de la conférence organisée conjointement par l’International Studies Association (ISA) et la British International Studies Association (BISA) à Edimbourg, et j’en profite pour livrer quelques réflexions en passant sur la discipline des relations internationales. J’ai également pu faire le stock de livres que je présenterai dans les prochains jours: un des avantages de ces conférences étant la présence des éditeurs qui mettent à disposition leurs ouvrages à prix cassés, j’en profite toujours pour revenir chargé.

Tout d’abord, cette conférence était bien plus petite que la convention annuelle de l’ISA, ce qui est loin d’être un mal. Pas besoin de courir d’hôtel en hôtel, son programme à la main, pour assister aux panels qui nous intéressent, et pas (ou peu) de choix draconiens sur quel panel aller écouter. L’autre gros avantage est l’absence complète des plus gros fournisseurs de papiers de l’ISA: les tenants du tout quantitatif qui sont en train de revenir en force dans la science politique américaine. Ceux qui utilisent des statistiques très compliquées pour démontrer des arguments qu’un enfant de dix ans comprendrait intuitivement, et qui se comportent comme des ayatollahs de la discipline en pensant qu’en utilisant des stats, ils évitent les biais des chercheurs adoptant des approches qualitatives (évidemment sans se rendre compte que cette approche est un biais en elle-même, certains ont vraiment besoin d’apprendre les bases de sciences sociales).

Le revers de la médaille est une forte présence des ayatollahs de la science politique européenne: les tenants du post-positivisme et des études critiques, qui ne pensent qu’en termes de rapports de domination et veulent absolument « déconstruire » systématiquement tous les rapports sociaux qui sont nécessairement des héritages coloniaux/racistes/phallocrates/économiques (choisissez votre post-positiviste préféré). Evidemment, ils n’ont en général pas beaucoup de patience envers les chercheurs orientés vers des sujets de sécurité internationale (au sens classique du terme). J’avoue que je suis régulièrement impressionné par le caractère « sectaire » et élitiste de beaucoup des tenants de ces approches, qui sont convaincus d’avoir vu la lumière des rapports de domination, tandis que nous, pauvres aveugles, sommes nécessairement condamnés à reproduire les structures sociales inégalitaires.

Heureusement, on trouve nombre de papiers adoptant des approches modérées (par exemple, on peut être ontologiquement constructiviste et adopter une épistémologie positiviste). J’ai personnellement présenté un papier intitulé « towards a framework for analyzing coalition warfare », qui est en fait le modèle théorique de ma thèse. Les autres papiers du panel portaient sur le problème de communication de l’OTAN envers les populations de ses Etats-membres, et sur la possibilité pour l’UE de recourir à des sociétés privées lors de ses missions.

J’ai également assisté à des panels portant sur la question de la professionnalisation des étudiants dans les cursus de science politique: une question qui se pose de manière aiguë au Royaume-Uni, où la hausse des frais d’inscription s’accompagne d’une pression plus grande du gouvernement sur les enseignants afin qu’ils fournissent aux étudiants des « compétences » transférables sur le marché du travail. J’ai également assisté à un panel sur l’enseignement de la discipline, au cours duquel le Professeur Frédéric Ramel (IRSEM et, à partir de septembre, Sciences Po Paris) a montré que les relations internationales étaient une discipline « opprimée » en France. Enfin, j’ai pu assister à un panel sur la contre-insurrection, organisé par Andrew Mumford qui, étant donné l’organisateur, a tourné à une critique de l’expérience britannique en Irak. La discussion a malheureusement été dominée par le papier d’ Andrew, ce qui a empêché les autres intervenants d’approfondir leurs idées. On y trouvait pourtant des approches intéressantes du rôle de l’analogie avec le Vietnam dans la rédaction du FM 3-24 et une cartographie de l’insurrection afghane qui aurait certainement fait hurler les anthropologues, et aurait mérité une critique approfondie.

Au final, une expérience positive, encore renforcée par le lieu où la conférence était tenue: Edimbourg est vraiment une ville superbe.

PS: les papiers sont en ligne sur le site de la conférence pour les plus curieux.

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